mercredi 21 mars 2012

Le salut par l’Europe ?


Photo : Peter Komka





La 9e de Beethoven dans Orange Mécanique de Stanley Kubrick


Hormis chez EELV qui ne dépasse pas 3 % d’intentions de vote, aucun candidat pour la présidentielle ne manifeste le moindre enthousiasme européen. C’est casse-gueule électoralement : selon un sondage récent, l’Europe aurait de moins en moins la cote.
L’éditorial du Monde qui y fait référence, considère cet état de l’opinion comme paradoxal : l’Europe n’a jamais été aussi impuissante.

Les Français veulent moins d'Europe. Une majorité d'entre eux se dit indifférente à l'idée européenne. Quand elle n'y est pas hostile. Moins d'un Français sur deux estime important que l'Europe permette à son pays de peser davantage sur les décisions politiques et économiques prises au niveau mondial. Le même pourcentage juge que la défense d'un "modèle européen" - économie de marché associée à une forte protection sociale - n'est pas une priorité en ce XXIe siècle naissant. (...)
Or, depuis une dizaine d'années, les institutions communautaires ont de moins en moins de pouvoir. "Bruxelles" ne décide plus grand-chose, les Etats ont repris le dessus. L'Europe n'a jamais été moins fédérale qu'aujourd'hui. Il y a une renationalisation de toutes les politiques.
On n'ose jamais le dire, mais une partie de la crise de l'euro vient de là. Les Etats, à commencer par l'Allemagne et la France, ont estimé qu'ils pouvaient s'affranchir des règles fixées par traité sur le niveau autorisé de leur déficit budgétaire. Aucune instance "bruxelloise" n'a eu assez d'autorité pour s'imposer aux Etats.
L'école souverainiste l'a emporté. Elle est majoritaire aujourd'hui dans l'opinion, à en croire le sondage. L'idée de souveraineté partagée - au cœur de la construction européenne - est battue en brèche. Les souverainistes français sont ainsi venus conforter la conception britannique de l'Europe : aucun empiétement sur les pouvoirs des Etats, et notamment de leurs Parlements. Hormis l'établissement du grand marché unique, il n'y a plus guère de "politique communautaire". 

 Francisco Goya Les désastres de la guerre vers 1812

On est tout de même en droit de se demander si ce paradoxe n’est pas qu’apparent, si « le délitement de l’idée européenne » ne provient pas justement du délitement des capacités à agir de l’Europe et d’espoirs déçus.
En effet, l’Europe et la souveraineté partagée qu’elle implique, a notamment toujours été « vendue » aux populations, comme un moyen de créer des emplois, de permettre à un petit pays de s’insérer plus favorablement dans la mondialisation contemporaine, de les protéger autant que possible de la violence du néocapitalisme mondialisé.

A la place, la France a assistée impuissante à sa désindustrialisation par les délocalisations, à la paupérisation de l’Etat par la concurrence fiscale, à l’inexorable montée du chômage et son cortège de malheurs. La crise des dettes publiques au sud de l’Europe et par-dessus tout en Grèce a été l’ultime épisode marquant l’immense échec de la gouvernance européenne à atteindre ces objectifs.



 
Sur France Culture, Mathieu Pigasse dont la banque (Lazard) a conseillé le gouvernement grec pour l’obtention de l’abandon de 50 % des dettes grecques privées, déplore la médiocrité de la gouvernance européenne (« un gouvernement par le vide », un « G zéro ») dont les dirigeants n’ont absolument pas été à la mesure des enjeux.
En ce qui concerne la Grèce, il regrette avec tristesse que ce qui n’était au départ qu’un » feu de broussailles » ait pris l’ampleur d’un désastre. Lui le banquier (de gauche), a réaffirmé que les politiques d’austérité engagées partout sont inadaptées économiquement et injustes socialement.
Selon Pigasse, la croissance ne reviendra pas toute seule, il convient d’agir en donnant une priorité à la croissance et à l’emploi, une croissance tirée par l’investissement, privé comme public (notamment dans l’innovation et les infrastructures).

Sa conviction que « l’Europe reste encore le recours, que la France seule ne peut plus rien, mais que l'Europe peut », est partagée par l’intelligentsia. En revanche, le consensus cesse lorsqu’on évoque les politiques européennes et nationales à mettre en œuvre pour ce faire.

Car enfin, le nouveau traité de discipline budgétaire constitue bien, s’il est appliqué, un pas en avant dans le fédéralisme et la coordination des politiques budgétaires, toutefois il traduit aussi une certaine conception idéologique du rôle des pouvoirs publics.
Mathieu Pigasse considère par exemple que « la règle d’or » est absurde, en particulier en incluant les dépenses d’investissement public comme élément du déficit budgétaire plafonné[1].
Reste que ce traité a été signé par une Europe pour l’heure politiquement ancrée à droite, libérale ou conservatrice.


[1] Il balance d’ailleurs l’Allemagne toujours citée en exemple, qui a fait disparaître une bonne partie de ses dettes publiques par des artifices comptables.



La couleur politique des gouvernements en Europe - Mars 2012

 
Peut-être est-ce en partie pour cela que Michel Rocard pour le moment, ne croit plus en l’Europe. «Il n'y a plus d'Europe. Ecrit-il dans son dernier livre (...) L'Europe est dispersée et contradictoire. (...) Il n'est pas espérable de lui voir retrouver convergence et leadership. (...) Elle n'est, hélas, pas un acteur majeur pour la sortie de crise».

A raison, Mathieu Pigasse rappelle le 2e scénario catastrophique que ça implique : éclatement de l’euro, replis nationaux, protectionnisme,...

Pour finir, bien que ce pays de l'UE n’appartienne pas à la zone euro, j’ai appris presque par hasard (très peu couvert) que ça bardait en Roumanie.
Il semble que des péripéties autour d’impopulaires mesures de réduction de la couverture de l'assurance-santé et de privatisation partielle du système de santé en faisant entrer des assureurs privés, aient été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase de la colère d’une population qui n’en peut plus des plans d’austérité, de privatisations et de « libéralisation » imposés depuis la crise de 2008 par les créanciers de la Roumanie, le Fonds monétaire international, la Banque mondiale et l'Union européenne : 
baisse de 25% du salaire des fonctionnaires, augmentation de 5% de la TVA, gel des allocations de retraite et mise à pied de 200 000 fonctionnaires qui ont diminué le pouvoir d'achat des citoyens de façon drastique. 
Le 1er ministre démocrate-libéral a dû démissionner un mois après de manifestations continues.

Que pensez-vous que répondraient les roumains si on leur posait la même question qu'aux français : « la défense d'un "modèle européen" - économie de marché associée à une forte protection sociale - est-elle une priorité en ce XXIe siècle naissant ? » ?



Bucarest - Maison du peuple décembre 1991


L’Europe, désespérément (1/2)

L’Europe, désespérément (2/2)




  
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